COP 28 : Après un accord historique, comment financer la transition ?

La 28ème Conférence des Parties sur le climat des Nations Unies (COP 28) s’est terminée le 13 décembre dernier, après 15 jours de discussions entre États, représentants du secteur privé et de la société civile. Adopté à l’unanimité, l’accord entre les 200 pays représentés affiche des objectifs ambitieux sans pour autant détailler les moyens, pour les États comme pour les entreprises, de les atteindre.

Pour la première fois depuis le début des négociations climatiques, les États se sont entendus pour « abandonner progressivement les combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques, de manière juste, ordonnée et équitable ». Une évolution majeure depuis la dernière COP de Glasgow (2021) dont l’accord final ne prévoyait qu’une réduction progressive du charbon.

Afin de réduire le poids des énergies fossiles, l’accord de Dubaï a acté le triplement des capacités d’énergies renouvelables d’ici 2030, sans toutefois fixer d’objectifs chiffrés. Pour la première fois, l’alimentation et l’agriculture, responsables d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre, sont mentionnés dans l’accord final. Le texte ne mentionne toutefois pas de solutions pour la réduction de ces émissions. Pour sa part, le texte censé réglementer les crédits carbone à travers des standards communs, a été rejeté.

De nouveaux partenariats pour accélérer la transition

Au-delà de l’accord signé par les États, la COP 28 a été le théâtre de nombreuses annonces impactant l’économie réelle. Parmi les initiative notables, l’International Transition Accelerator (ITA), un partenariat public-privé pour la décarbonation mené notamment par le Forum Économique Mondial. l’ITA fournira son expertise technique et des solutions de financement à de nouveaux projets de développement industriel dans des secteurs fortement émetteurs comme l’énergie, l’industrie et les transports. Pour sa part, le Breakthrough Agenda, un partenariat international couvrant 60 % du PIB mondial, a annoncé une nouvelle série d’initiatives visant à accroître la demande de produits industriels à faible teneur en carbone.

Les entreprises scrutées sur leurs engagements

Plusieurs outils ont été lancés en marge du sommet afin de permettre le contrôle de l’engagement climatique des entreprises. Soutenu notamment par l’ISSB, la base de données Net-Zero Data Public Utility recense les émissions de gaz à effet de serre des entreprises. Son objectif affiché est de faciliter l’analyse et la comparaison des données climatiques des entreprises pour les investisseurs, les analystes, les régulateurs, les ONG et les médias. Le site ClimateTrace, qui estime par satellite la source et la localisation des émissions de gaz à effet de serre, a connu une expansion importante et couvre aujourd’hui les données de 352 millions d’actifs. Présentées lors du sommet, ces informations permettent d’examiner les émissions déclarées par les entreprises et de combler les lacunes dans les données rendues publiques par les fournisseurs.

Le financement, enjeu majeur de la transition

La grande surprise de la COP 28 reste l’adoption du fonds sur les pertes et dommages. Concrètement, ce mécanisme permettra aux pays les plus vulnérables – à l’instar des pays insulaires et des État les moins développés – de faire face aux dégâts liés au changement climatique. Si les pays développés sont exhortés à participer aux fonds, aucune obligation n’a été actée. Les 700 millions de dollars promis à l’issue du sommet ne couvrent que 0,2 % des pertes économiques auxquelles les pays en développement sont confrontés chaque année en raison du réchauffement de la planète.

Face à ces enjeux, l’accélération des flux de capitaux privés vers les économies émergentes pour financer les projets de développement durable a occupé une place importante dans les débats. À l’issue du sommet, les « UN Climate Change High-Level Champions », représentants des Nations-Unies chargés de mener à bien les négociations entre les parties prenantes, ont appelé le secteur privé à investir massivement dans des projets dans les pays en développement. Ces derniers auront besoin d’environ 2,4 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour financer leur transition.

par Adrien Steck, Responsable de projets à l’ICR

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