Interview croisée | Lancement de l’Observatoire de la Raison d’Être : Caroline de La Marnierre et Nicole Notat présentent le nouvel observatoire de l’ICR

Pourquoi avoir décidé de lancer un Observatoire de la Raison d’Etre ?

Caroline : Nous sommes confrontés, deux ans après le vote de la loi Pacte, à un enjeu considérable : faire reconnaître la raison d’être – par l’ensemble des parties constituantes, les salariés et les investisseurs, et plus largement l’ensemble des parties prenantes – comme la boussole stratégique de l’entreprise. La raison d’être, c’est l’expression de l’utilité sociale de l’entreprise. Il me semble donc essentiel que les organisations la formalisent et l’incarnent dans un monde tellement, tellement en quête de valeurs et de sens…

Or, beaucoup trop doutent encore de la sincérité des raisons d’être qui ont été publiées. En particulier parce qu’elles ne sont pas encore suffisamment incarnées par des engagements et des indicateurs robustes, par du concret, tout simplement. Également parce qu’elles ne sont pas non plus – ou trop rarement – articulées et alignées avec le plan stratégique de l’entreprise. Enfin, parce que très peu de parties prenantes comprennent vraiment ce qu’est la raison d’être et pensent que lorsque l’on est doté d’une raison d’être, on ne peut plus engager de plans de restructuration ou engager certaines opérations financières.  Non, les entreprises doivent continuer à vivre avec une raison d’être, mais de façon cohérente et alignée avec cette dernière. C’est donc pour travailler – en profondeur – sur l’ensemble de ces sujets que l’ICR a pris la décision de lancer cet Observatoire.

Nicole, pourquoi avez-vous accepté d’en être la coordinatrice ?

Nicole : La raison d’être, depuis son introduction dans la loi PACTE, a suscité un fort engouement, notamment grâce à sa portée transformatrice réelle. Le foisonnement des initiatives actuelles sur la raison d’être met en évidence une grande variété dans leurs traductions opérationnelles. Participer à cet Observatoire, c’est observer si le sens profond de la raison d’être, son intelligibilité pour les parties prenantes concernées, sa fonction de boussole pour les décisions stratégiques et opérationnelles des entreprises qui s’en réclament sont au rendez-vous. Nous allons mener, avec l’Institut qui porte la démarche, des travaux de recherche appliquée avec un groupe d’entreprises engagées sur le sujet – AG2R La Mondiale, Crédit Mutuel Arkéa, Eramet, RATP, Orange.

En quoi la raison d’être incarne-t-elle un capitalisme responsable ?

Nicole : Les dirigeants d’entreprises sont de plus en plus convaincus que leur responsabilité s’élargit aux enjeux sociaux et environnementaux. Face aux défis climatiques et sociaux,  aux attentes fortes de leur écosystème, il y va de leur survie et de leur soutenabilité. Pour les entreprises, la question de leurs responsabilités est désormais – pour les plus avancées d’entre elles – au cœur de leur stratégie et intégrée à toutes les fonctions de l’entreprise. Miser sur la raison d’être est source de développement de la marque ainsi que d’un business soutenable aujourd’hui et demain. Celle-ci permet également d’attirer et de fidéliser les collaborateurs. Elle permet de concrétiser le rôle de l’entreprise au sein de la société, qui va au-delà de son rôle classique d’acteur financier.

Caroline : La raison d’être, par essence, s’inscrit sur le très long terme. Elle est prospective, elle donne du sens et englobe les enjeux à 360° degrés. Elle embrasse l’ensemble des enjeux – environnementaux, sociaux, sociétaux, de gouvernance, éthique, financiers, opérationnels – et par conséquent, elle est l’une des composantes majeures du capitalisme responsable. Elle a vocation à mettre en cohérence – durablement – la gouvernance, le plan stratégique, la chaine de valeur et le business model de l’entreprise, pour une croissance réelle et durable.