Pour surmonter les crises, partageons la valeur …

Face à la convergence des crises en cette année 2022, que peuvent, que « doivent » faire les entreprises ? A l’extérieur, la guerre en Ukraine les place devant le choix de quitter ou non la Russie. En France, la hausse des prix menace le pouvoir d’achat des salariés et elles sont fortement incitées à augmenter les salaires, déployer massivement la prime Macron et intensifier l’intéressement et la participation. Et puis, bien sûr, elles sont contraintes d’innover sans cesse dans leurs processus de production, en particulier pour limiter leur impact climatique.

Les entreprises doivent donc agir simultanément sur l’urgence absolue et le temps long, voire très long, ce qui impose aux dirigeants de devenir pompiers et visionnaires en même temps, une équation particulièrement complexe et subtile, voire paradoxale. Le nouveau gouvernement doit, quant à lui, accompagner les entreprises et créer les conditions pour qu’elles puissent traiter de front les enjeux immédiats « de fin de mois » et les enjeux plus lointains « de fin du monde ». 

Toutes ces crises plaident pour une grande remise à plat du partage de la valeur. Pour réussir sur tous les fronts, la puissance publique, les entreprises, les investisseurs, les consommateurs, les épargnants, les salariés et les citoyens sont tenus d’inventer – ensemble – une nouvelle équation économique et financière, sociale/sociétale et environnementales pour répartir la richesse intégrée – dite encore plurielle ou globale – créée entre salariés, actionnaires et l’ensemble des parties prenantes, entre le présent et l’avenir.

Depuis 5 ans, le partage de la valeur constitue un chantier majeur de l’Institut du Capitalisme Responsable. A l’avant-garde de la réflexion sur le sujet, l’ICR a, dans le cadre de ses travaux, formulés plusieurs recommandations à destination des dirigeants et dirigeantes d’entreprises.

Depuis 2019, nous recommandons aux entreprises de mettre en cohérence la politique de distribution de dividendes avec la stratégie de création et de partage de la valeur ; ou encore de mettre en place un processus de travail plus collaboratif entre la Direction générale et le Conseil d’Administration. Ces recommandations, que vous pourrez retrouver dans la note « Pour un Nouveau partage de la Valeur », ont été réalisées par une task force composée de membres du Collège des Experts de l’ICR et de personnalités de tout premier plan.

Par ailleurs, dans le cadre des Grands Prix de l’Assemblée Générale et de la Mixité, les membres du Jury adressent, chaque année, cinq recommandations aux dirigeants d’entreprise. Cette année, les membres du Jury des Grands Prix recommandent « la mise en évidence de l’implication du Conseil d’administration dans le partage de la valeur ». Cette recommandation s’inscrit dans la droite ligne des recommandations émises par la Task force du Collège des Experts.

Enfin, le nouvel équilibre dans le partage de la valeur pourra être défini, suivi et ajusté grâce à la publication prochaine, par l’ICR, de l’indice de cohérence ESG. Ce nouvel indice accorde une importance toute particulière à la répartition des richesses créées par l’entreprise avec les différentes parties prenantes. Sur un total de 10 critères, 6 abordent précisément ce sujet :

  • Deux critères évaluent l’indexation des politiques de rémunération variables des dirigeants et de l’ensemble des salariés sur des critères ESG;
  • Deux autres critères évaluent les politiques de distribution de dividendes et de sous-traitance en lien avec des critères ESG;
  • Un critère évalue la couverture sociale à l’échelle internationale de l’entreprise ;
  • Un critère évalue l’égalité salariale des entreprises.

Fidèle à sa mission d’anticiper les tendances montantes du capitalisme, l’ICR entend poursuivre et intensifier ses travaux sur le partage de la valeur, de manière à fournir aux acteurs privés, publics et non gouvernementaux les instruments pour piloter leurs politiques de responsabilité.

 

Photo de Sean Stratton sur Unsplash