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L’entreprise, la responsabilité et la guerre

Si le capitalisme ne respecte pas mieux les hommes et la nature, s’il ne devient pas plus responsable, il sera de plus en plus rejeté, donc il déclinera, voire il disparaîtra, pour être remplacé par des systèmes illibéraux, cela ne fait aucun doute. La responsabilité est la condition de sa survie mais dans le monde qui vient, où la confrontation entre régions du monde remplace progressivement la coopération, quelle forme doit prendre cette responsabilité ? En 2024, face à la montée des tensions protectionnistes entre la Chine et les Etats-Unis, après l’invasion russe en Ukraine, devant le risque croissant d’une marginalisation de l’Europe sur la scène mondiale, que signifie, pour une entreprise, être « responsable » ?        

Pendant trente ans, dans un monde en paix relative, grâce à une mondialisation fluide, la réponse était simple et tenait en trois lettres, RSE : responsabilité sociale (sociétale) et environnementale, une démarche volontaire de l’entreprise pour intégrer les préoccupations extra-financières dans ses opérations et ses interactions. Chez les investisseurs, on privilégiait la grille ESG (environnement, social et gouvernance) qui permet de flécher les fonds vers les entreprises d’avenir, celles qui sont les mieux équipées pour durer.

Dans son dernier livre (1), David Baverez, un investisseur basé à Hong Kong, nous adresse un avertissement : la mondialisation se durcit, l’accès aux ressources se tend, les conflits armés menacent et il est temps, pour les entreprises, d’intégrer dans leur responsabilité des impératifs qui vont conditionner, non seulement leur durabilité à long terme, mais même leur existence à court terme. L’auteur reformule à cette occasion le sigle ESG pour résumer trois vigilances décisives à développer : Energie, Sécurité, Guerre.

Que veut-il dire ? Pour lui, être responsable dans le monde qui vient, c’est savoir remettre l’énergie au cœur de la stratégie environnementale, c’est reprendre le contrôle de la « supply chain » pour garantir la sécurité des approvisionnements, c’est s’adapter à un monde non plus d’abondance mais de pénurie, dans lequel ce ne sont plus la demande et la consommation qui guident l’économie, mais la production.  

Nous entendons cet expert reconnu de la mondialisation : il nous incite à muscler la responsabilité, à la rendre plus résiliente  en intégrant les contraintes de « l’économie de guerre », à ne pas nous noyer dans le reporting. D’accord, mais nous, à l’ICR, nous ne renoncerons pas à nos engagements fondamentaux en faveur des hommes et de la planète, car c’est l’idée que nous nous faisons de la croissance, de la performance et de la concurrence. Reste, pour l’entreprise avertie à trouver le bon équilibre entre la solidité que réclame une période dangereuse et l’innovation que réclame la responsabilité.       

par Stéphane Marchand, Délégué Général de l’ICR

(1) Bienvenue en économie de guerre, David Baverez, Novice, 2024